Chaque automne, c’est la même question qui revient : que faire de ses géraniums avant que le froid s’installe ?
Beaucoup de jardiniers les abandonnent à leur sort ou les jettent sans vraiment savoir qu’avec quelques gestes simples, ces plantes peuvent traverser l’hiver sans encombre.
Les géraniums, qu’on appelle aussi pélargoniums dans le langage botanique, sont des plantes originaires d’Afrique du Sud.
Elles ne supportent pas le gel, mais elles sont loin d’être fragiles pour autant.
Octobre est le mois charnière, celui où il faut agir avant que les températures nocturnes ne descendent sous les zéro degré.
Voici trois gestes concrets, éprouvés par des générations de jardiniers, pour mettre vos géraniums en sécurité et les retrouver vigoureux dès les beaux jours.
Pourquoi octobre est le mois clé pour préparer ses géraniums à l’hiver
En France, les premières gelées surviennent selon les régions entre la mi-octobre et la fin novembre. Dans le nord du pays, certaines nuits fraîches apparaissent dès la première semaine d’octobre. Dans le sud, on peut parfois attendre jusqu’en décembre. Mais dans tous les cas, attendre le dernier moment est une erreur que beaucoup regrettent.
Le pélargonium ne tolère pas les températures inférieures à 5°C. En dessous de ce seuil, les tissus de la plante commencent à souffrir. En dessous de 0°C, les cellules gèlent et la plante meurt en quelques heures. C’est pourquoi octobre représente la fenêtre idéale pour agir : les plantes sont encore en bonne santé, elles n’ont pas encore subi de stress thermique, et elles ont le temps de s’adapter à leur nouvel environnement avant les grands froids.
Préparer ses géraniums en octobre, c’est aussi une question d’économie. Racheter des géraniums chaque printemps en jardinerie représente un budget non négligeable. Un pied conservé d’une année sur l’autre est souvent plus vigoureux qu’un plant acheté en godet, car il a déjà développé un système racinaire solide.
Geste n°1 : tailler sévèrement les tiges avant de rentrer les plantes
La taille d’automne est sans doute le geste le plus important et aussi le plus contre-intuitif. On hésite souvent à couper une plante qui semble encore fleurir, mais c’est pourtant ce qu’il faut faire.
Comment tailler correctement un géranium en octobre
La règle est simple : raccourcir les tiges d’environ deux tiers. Si votre géranium mesure 40 cm, vous pouvez le tailler à 12 ou 15 cm. Cette taille sévère a plusieurs objectifs :
- Réduire la surface foliaire pour limiter l’évaporation pendant la période de repos
- Éliminer les parties molles ou étiolées qui pourraient pourrir durant l’hiver
- Stimuler l’émission de nouvelles pousses vigoureuses au printemps
- Faciliter le stockage en prenant moins de place
Utilisez un sécateur propre et bien affûté. Désinfectez la lame entre chaque plante avec de l’alcool à 70° pour éviter de transmettre d’éventuelles maladies. Coupez juste au-dessus d’un nœud, c’est-à-dire à l’endroit où une feuille est attachée à la tige. La coupe doit être nette, sans écraser le tissu végétal.
Profitez-en pour supprimer toutes les feuilles jaunies ou abîmées, ainsi que les fleurs et boutons floraux restants. Ces parties végétales en décomposition sont des portes d’entrée pour les champignons et les bactéries qui peuvent détruire vos plantes pendant l’hiver.
Faut-il traiter les plaies de taille ?
Sur des coupes importantes, certains jardiniers appliquent un peu de cendre de bois ou de la poudre de soufre pour cicatriser et protéger. Ce n’est pas indispensable sur des tiges fines, mais c’est une précaution utile si vos plantes ont déjà souffert de maladies fongiques par le passé.
Geste n°2 : rentrer les géraniums dans un local hors gel
Une fois taillés, vos géraniums ont besoin d’un abri pour passer l’hiver. Le choix du lieu de stockage est déterminant pour leur survie.
Les conditions idéales pour hiverner les géraniums
Le local idéal pour hiverner des géraniums réunit plusieurs caractéristiques :
- Température comprise entre 5°C et 10°C : c’est la plage de température qui permet à la plante d’entrer en dormance sans mourir de froid
- Luminosité suffisante : un appui de fenêtre exposé au sud ou à l’est reste l’idéal. Sans lumière, les tiges s’étiolent et s’affaiblissent
- Bonne ventilation : l’air stagnant favorise le développement des moisissures
- Faible hygrométrie : un air trop humide est l’ennemi numéro un des géraniums en hiver
Les endroits les plus souvent utilisés sont la véranda non chauffée, la serre froide, le garage avec fenêtre ou encore la cave lumineuse. Un appartement chauffé à 20°C n’est pas adapté : la chaleur et la sécheresse de l’air intérieur poussent la plante à vouloir végéter alors qu’elle manque de lumière, ce qui l’épuise inutilement.
Peut-on hiverner des géraniums sans les dépoter ?
Oui, tout à fait. Si vos géraniums sont en pots, il suffit de les rentrer tels quels. Si certains sont en pleine terre ou en jardinière fixe, il faudra les dépoter délicatement, secouer l’excès de terre autour des racines et les rempoter dans un pot individuel avec un substrat léger et bien drainant.
Vérifiez l’état des racines au moment du rempotage. Des racines noires, molles ou malodorantes sont signe de pourriture. Coupez-les proprement jusqu’au tissu sain avec un sécateur désinfecté.
L’arrosage pendant l’hivernage
C’est un point sur lequel beaucoup de jardiniers font des erreurs : les géraniums en hivernage doivent être arrosés très peu. Un arrosage tous les trois à quatre semaines suffit largement, juste de quoi maintenir les racines en vie sans les noyer. L’excès d’eau en hiver est la première cause de perte des géraniums hivernés. Attendez toujours que la terre soit bien sèche en surface avant d’arroser à nouveau, et arrosez avec modération.
Geste n°3 : prélever des boutures pour sécuriser vos plus beaux pieds
Même si vous prenez toutes les précautions du monde, un hiver particulièrement rigoureux, une coupure de courant dans votre garage ou une maladie imprévue peuvent emporter vos géraniums. La meilleure assurance contre ce risque s’appelle le bouturage d’automne.
Pourquoi bouturer en octobre plutôt qu’au printemps
Le bouturage de printemps est le plus connu, mais le bouturage d’automne présente des avantages réels. Les tiges prélevées en octobre sont encore bien lignifiées et gorgées de réserves. Les boutures ont tout l’hiver pour s’enraciner tranquillement et seront prêtes à exploser de croissance dès le retour des beaux jours, avec plusieurs semaines d’avance sur des boutures de printemps.
Comment réaliser des boutures de géraniums en octobre
Voici la marche à suivre, étape par étape :
- Sélectionnez des tiges saines, non fleuries, d’environ 8 à 12 cm de longueur. Prélevez-les juste en dessous d’un nœud.
- Supprimez les feuilles du bas en ne conservant que deux ou trois feuilles en haut de la bouture. Retirez tous les boutons floraux.
- Laissez sécher la coupe pendant deux à trois heures à l’air libre. Cette étape est spécifique aux géraniums : contrairement à beaucoup d’autres plantes, ils s’enracinent mieux si la plaie a eu le temps de former un léger cal avant la mise en terre.
- Plantez dans un substrat léger : un mélange de terreau et de sable à parts égales convient parfaitement. Évitez les substrats trop riches qui favorisent la pourriture des tiges.
- Placez les boutures dans un endroit lumineux à une température comprise entre 15°C et 18°C. Pas besoin de cloche ou de brumisation : les géraniums détestent l’humidité excessive.
- Arrosez très modérément et attendez. Les premières racines apparaissent généralement en trois à cinq semaines.
Comment savoir si la bouture a pris
Le signe le plus fiable est l’apparition de nouvelles feuilles au sommet de la bouture. Vous pouvez aussi tirer très doucement sur la tige : si elle résiste, c’est que les racines sont formées. Si elle sort facilement du substrat, patientez encore quelques semaines.
Les erreurs à ne pas commettre en préparant ses géraniums pour l’hiver
Quelques erreurs reviennent régulièrement chez les jardiniers qui perdent leurs géraniums en hiver :
- Attendre les premières gelées pour agir : une nuit à -2°C suffit à détruire irrémédiablement un pied de géranium
- Trop arroser pendant l’hivernage : c’est la cause principale de pourriture des tiges et des racines
- Stocker dans un endroit trop chaud : la plante sort de dormance, s’épuise et arrive au printemps dans un état pitoyable
- Oublier de vérifier les plantes pendant l’hiver : un passage mensuel permet de repérer rapidement une tige qui pourrit et d’éviter que la maladie ne se propage
- Ne pas traiter contre les pucerons avant de rentrer les plantes : ces insectes prolifèrent dans les espaces confinés et peuvent infester toutes vos plantes hivernées
Le calendrier récapitulatif pour bien hiverner ses géraniums
| Période | Action |
|---|---|
| Début octobre | Prélever les boutures sur les plus beaux pieds |
| Mi-octobre | Tailler les géraniums aux deux tiers, supprimer les feuilles mortes |
| Mi-octobre | Rentrer les pots dans le local hors gel, réduire drastiquement les arrosages |
| Novembre à février | Vérifier l’état des plantes une fois par mois, arroser très légèrement si nécessaire |
| Mars | Reprendre les arrosages progressivement, apporter un engrais léger |
| Avril-mai | Remise en place à l’extérieur après les dernières gelées |
Prendre soin de ses géraniums en octobre ne demande pas plus d’une heure de travail pour une collection entière. Ce temps investi en automne se traduit par des plantes solides, déjà bien établies, qui repartent avec vigueur dès que les températures remontent. Les jardiniers qui pratiquent ces gestes depuis des années conservent parfois des pieds de géraniums pendant dix ans ou plus, des plantes qui prennent avec le temps une ampleur et une générosité de floraison qu’aucun plant acheté en jardinerie ne peut égaler.


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