Chaque automne, c’est le même réflexe.
On sort les sécateurs, on range le jardin, on coupe ce qui dépasse.
Ce geste, pourtant bien intentionné, peut ruiner des mois de floraison future sans que l’on s’en rende compte sur le moment.
Certaines plantes préparent déjà en septembre leurs bourgeons floraux pour le printemps suivant.
Les tailler maintenant, c’est supprimer ce travail silencieux que la plante a accompli tout l’été.
Le résultat ne se voit qu’en avril ou mai, quand les branches restent désespérément vides alors que le jardin du voisin déborde de couleurs.
Pourquoi septembre est un mois piégeux pour le sécateur
Septembre donne une fausse impression de bilan. Les fleurs de l’été s’éteignent, les feuilles commencent à jaunir par endroits, et l’ensemble du jardin prend un air de fin de saison. C’est précisément ce moment que choisissent de nombreux jardiniers pour faire le grand ménage. Sauf que cette lecture visuelle est trompeuse.
Sous cette apparence de repos, une grande partie des arbustes à floraison printanière est en plein travail. Depuis juillet ou août, ils ont commencé à former leurs bourgeons floraux, ces petits renflements qui contiennent déjà les futures fleurs. Ces bourgeons passent l’hiver en dormance, protégés par leurs écailles, et s’ouvrent dès les premières chaleurs. Une taille en septembre les emporte avec les branches coupées. Définitivement.
La règle de base à retenir est simple : les arbustes qui fleurissent avant juin forment leurs bourgeons sur le bois de l’année précédente. Ils ne doivent jamais être taillés à l’automne, ni en hiver. Leur seule fenêtre de taille correcte se situe juste après la floraison, au printemps.
Le forsythia : l’erreur la plus répandue dans les jardins français
Le forsythia est probablement la victime la plus fréquente du sécateur de septembre. Cet arbuste aux fleurs jaunes éclatantes, qui illumine les jardins dès février ou mars, est souvent taillé en automne parce qu’il prend de la place et que ses longues tiges retombantes agacent.
Or, chacune de ces tiges porte déjà les bourgeons floraux de l’année suivante. Une taille sévère en septembre peut réduire la floraison de moitié, voire la supprimer presque entièrement. Le forsythia se taille immédiatement après sa floraison, entre mars et avril selon les régions, jamais plus tard dans l’année.
Le lilas, à manier avec une extrême prudence
Le lilas (Syringa vulgaris) est un autre grand incompris du jardinage automnal. Ses grappes de fleurs parfumées, qui apparaissent en avril-mai, se forment sur les rameaux de l’année précédente. Pire encore : les bourgeons floraux du lilas se différencient dès la fin de l’été, parfois dès août.
Tailler un lilas en septembre, c’est donc s’assurer de ne pas le voir fleurir au printemps suivant. La taille du lilas, si elle est nécessaire, doit intervenir dans les deux à trois semaines qui suivent la fin de la floraison. Passé ce délai, mieux vaut attendre l’année d’après.
Le rhododendron et l’azalée : des bourgeons déjà bien formés en septembre
Le rhododendron et l’azalée font partie des plantes qui forment leurs bourgeons floraux le plus tôt dans la saison. Dès juillet-août, ces bourgeons sont déjà bien visibles au sommet des rameaux, souvent plus gros et plus arrondis que les bourgeons végétatifs.
En septembre, ils sont parfaitement constitués. Une taille à cette période les supprime purement et simplement. Pour ces deux plantes, la règle est identique à celle du lilas : on taille juste après la floraison printanière, jamais à l’automne. On se contente en septembre de retirer les fleurs fanées si ce n’est pas encore fait, avec les doigts ou des ciseaux fins, en veillant à ne pas abîmer les bourgeons situés juste en dessous.
Le camélia, une plante qui ne pardonne pas les erreurs de calendrier
Le camélia est une plante élégante mais exigeante sur le plan de la taille. Ses fleurs spectaculaires, qui apparaissent selon les variétés entre janvier et mai, se forment sur le bois de l’année précédente. En septembre, les bourgeons floraux sont déjà en place, bien visibles à l’extrémité des rameaux.
Une taille en septembre ou en automne prive le camélia d’une grande partie de sa floraison. La seule intervention acceptable à cette période consiste à retirer les branches mortes ou cassées, sans toucher aux rameaux sains. La taille de forme du camélia se pratique uniquement après la floraison, entre mai et juin au plus tard.
La glycine : un cas particulier à bien comprendre
La glycine (Wisteria) est une liane vigoureuse qui demande effectivement deux tailles par an. Mais attention à ne pas confondre les deux interventions.
- La taille d’été, réalisée en juillet-août, raccourcit les longues tiges de l’année à quatre ou cinq feuilles. Elle est bénéfique et favorise la formation des bourgeons floraux.
- La taille d’hiver, réalisée en janvier-février, raccourcit à nouveau ces mêmes rameaux à deux ou trois yeux.
En septembre, la glycine n’a pas besoin d’intervention. Si la taille d’été n’a pas été faite en juillet-août, il est trop tard pour la faire efficacement en septembre sans risquer d’abîmer les bourgeons qui se mettent en place. Mieux vaut attendre janvier.
Les rosiers grimpants à floraison unique : une règle souvent ignorée
Tous les rosiers ne se taillent pas de la même façon ni au même moment. Les rosiers grimpants à floraison unique, comme certaines variétés anciennes qui fleurissent une seule fois au printemps, produisent leurs fleurs sur les rameaux latéraux issus des grandes tiges de l’année précédente.
Les tailler en septembre revient à supprimer ces rameaux latéraux et donc toute la floraison. Pour ces variétés, la taille se limite à supprimer les tiges les plus vieilles et les plus épuisées juste après la floraison, en juin ou juillet. Les rosiers remontants, eux, peuvent être légèrement raccourcis en automne, mais avec modération.
Le cognassier du Japon, discret mais sensible
Le cognassier du Japon (Chaenomeles) est souvent planté en haie ou en espalier. Ses fleurs rouges, orangées ou blanches apparaissent très tôt au printemps, parfois dès février. Comme le forsythia, il forme ses bourgeons floraux sur le bois de l’année précédente, et ces bourgeons sont déjà présents en septembre.
Une taille en automne réduit significativement la floraison. L’intervention correcte se fait après la floraison, entre avril et mai, en raccourcissant les rameaux qui viennent de fleurir.
Ce que vous pouvez tailler sans risque en septembre
Pour ne pas rester les bras croisés en septembre, voici les végétaux que vous pouvez tailler sans compromettre la floraison future :
- Les haies persistantes comme le laurier-palme, le troène ou le buis (avec prudence pour ce dernier en raison de la pyrale).
- Les vivaces herbacées dont la floraison est terminée, comme les échinacées, les rudbeckias ou les sedums, bien que certains jardiniers préfèrent laisser les tiges en place pour l’intérêt hivernal et la faune.
- Les rosiers remontants, en supprimant les fleurs fanées et en raccourcissant légèrement les tiges, sans taille sévère.
- Les arbres fruitiers à pépins peuvent recevoir une légère taille de nettoyage, mais la taille de fructification se fait en hiver.
- Les graminées ornementales à feuillage persistant peuvent être nettoyées, mais les espèces caduques se taillent plutôt en fin d’hiver.
Un tableau récapitulatif pour ne plus se tromper
| Plante | Période de floraison | Bonne période de taille | Taille en septembre |
|---|---|---|---|
| Forsythia | Février-mars | Juste après floraison | À éviter absolument |
| Lilas | Avril-mai | 2-3 semaines après floraison | À éviter absolument |
| Rhododendron | Avril-juin | Juste après floraison | À éviter absolument |
| Azalée | Avril-mai | Juste après floraison | À éviter absolument |
| Camélia | Janvier-mai | Mai-juin | À éviter absolument |
| Cognassier du Japon | Février-avril | Avril-mai | À éviter absolument |
| Rosier grimpant (floraison unique) | Mai-juin | Juin-juillet | À éviter |
| Glycine | Avril-mai | Juillet-août / Janvier-février | Inutile et risqué |
Le bon réflexe à adopter avant de saisir le sécateur
Avant de tailler quoi que ce soit en septembre, une seule question mérite d’être posée : cette plante fleurit-elle avant juin ? Si la réponse est oui, le sécateur reste dans la remise. Si vous ne connaissez pas la réponse, prenez le temps de vérifier. Une recherche rapide sur la période de floraison de votre arbuste peut vous éviter une année entière de déception.
Le jardinage n’est pas une course au rangement. Un jardin qui semble un peu moins net en septembre mais qui explose de couleurs en mars vaut largement mieux que l’inverse. Les plantes, elles, travaillent sur le temps long. Le jardinier qui comprend ce rythme et qui sait poser son sécateur au bon moment est celui qui obtient les plus belles floraisons, année après année.


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