Attirer les coccinelles dans votre jardin : les vraies méthodes qui fonctionnent

Attirer les coccinelles dans votre jardin : les vraies méthodes qui fonctionnent
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Le jardin idéal ne se résume pas à de belles fleurs et des légumes bien alignés.

Il y a des petites bêtes qui, discrètement, font un travail colossal entre vos plants. La coccinelle est l’une d’elles.

Sept points rouges sur le dos, une allure presque enfantine, et pourtant une prédatrice redoutable pour tous les insectes nuisibles qui s’attaquent à vos cultures.

Le problème, c’est qu’on ne la voit plus autant qu’avant.

Les jardins trop propres, les pesticides, la disparition des haies et des zones sauvages ont sérieusement réduit les populations de coccinelles en France.

Bonne nouvelle : quelques aménagements simples suffisent à les faire revenir. Voici ce qui marche vraiment.

Pourquoi les coccinelles sont précieuses pour votre jardin

Avant de parler de méthodes pour les attirer, il est utile de comprendre pourquoi elles méritent autant d’attention. Une seule coccinelle adulte peut consommer entre 100 et 150 pucerons par jour. Sur une saison, une coccinelle et sa descendance peuvent éliminer plusieurs milliers de pucerons. C’est un chiffre qui donne le vertige quand on pense au temps passé à traiter ses rosiers ou ses fèves.

Les larves de coccinelles sont encore plus voraces que les adultes. Elles ressemblent à de petits crocodiles noirs et orangés, et beaucoup de jardiniers les écrasent par erreur en ne les reconnaissant pas. Pourtant, une larve peut dévorer jusqu’à 400 pucerons avant de se transformer en adulte. Apprendre à les reconnaître, c’est déjà protéger vos alliées.

En France, on recense une quarantaine d’espèces de coccinelles. La plus connue est la Coccinella septempunctata, la coccinelle à sept points. Mais il en existe d’autres tout aussi utiles, comme la coccinelle à deux points (Adalia bipunctata) ou la coccinelle à vingt-deux points (Psyllobora vigintiduopunctata), qui elle se nourrit de champignons responsables de l’oïdium.

Les plantes qui attirent les coccinelles

Les coccinelles ne viennent pas dans un jardin par hasard. Elles cherchent avant tout de la nourriture, des abris et des endroits pour pondre. Le choix des plantes que vous cultivez joue un rôle déterminant.

Les plantes à fleurs mellifères

Les coccinelles adultes ne se nourrissent pas uniquement de pucerons. Elles consomment aussi du pollen et du nectar, notamment au printemps quand les pucerons se font rares. Planter des espèces mellifères est donc une excellente façon de les retenir dans votre jardin.

  • La phacélie (Phacelia tanacetifolia) est l’une des plantes les plus efficaces. Ses fleurs bleues attirent une grande diversité d’insectes auxiliaires.
  • Le fenouil et l’aneth produisent des ombelles qui constituent de véritables buffets pour les coccinelles.
  • La bourrache est facile à cultiver, se ressème seule, et ses fleurs bleues étoilées sont très attractives.
  • Les soucis (Calendula officinalis) ont le double avantage d’attirer les coccinelles et de repousser certains nuisibles comme les nématodes.
  • La tanaisie et la consoude sont très appréciées.

Les plantes-hôtes pour les pucerons

Cela peut sembler contre-intuitif, mais laisser quelques plantes légèrement infestées de pucerons dans un coin du jardin est une stratégie efficace. Les coccinelles ont besoin de trouver de la nourriture rapidement quand elles arrivent. Si votre jardin est totalement exempt de pucerons, elles repartiront chercher leur pitance ailleurs.

Une touffe de fèves ou de capucines légèrement colonisées par des pucerons noirs peut servir de garde-manger naturel et de signal olfactif pour attirer les coccinelles. C’est ce qu’on appelle une plante-piège : elle concentre les nuisibles à un endroit précis tout en servant d’appât pour vos auxiliaires.

Créer des zones refuges pour les coccinelles

Les coccinelles ont besoin d’abris pour passer l’hiver, se reproduire et se protéger des prédateurs. Un jardin trop entretenu, sans recoins ni zones sauvages, ne leur offre aucun refuge.

Laisser des zones de végétation spontanée

Réserver un coin de votre jardin à la végétation spontanée est l’une des décisions les plus bénéfiques que vous puissiez prendre. Les herbes hautes, les orties, les ronces en bordure, les tas de feuilles mortes : tout cela constitue des habitats de choix pour les coccinelles et de nombreux autres auxiliaires.

Les orties méritent une mention particulière. Elles hébergent des pucerons spécifiques qui ne s’attaquent pas à vos cultures, mais qui constituent une source de nourriture idéale pour les coccinelles en début de saison. Un carré d’orties dans un coin isolé du jardin, c’est une nurserie naturelle pour vos auxiliaires.

Installer un hôtel à insectes adapté

Les hôtels à insectes ont le vent en poupe, mais encore faut-il qu’ils soient bien conçus pour accueillir des coccinelles. Ces dernières hibernent dans des espaces secs, à l’abri du vent et de l’humidité, souvent en groupe.

Pour les attirer, privilégiez des compartiments remplis de tiges creuses (bambou, sureau évidé), de bois percé de trous de 3 à 6 mm de diamètre, ou de feuilles mortes compressées. Placez votre hôtel à insectes à au moins 1,20 mètre du sol, orienté plein sud ou sud-est, à l’abri de la pluie directe.

Conserver les tas de bois mort et de feuilles

Un simple tas de branches mortes dans un coin du jardin peut abriter des dizaines de coccinelles en hivernation. Les feuilles mortes accumulées sous les haies ou en bordure de massifs remplissent le même rôle. Résistez à l’envie de tout ramasser et de tout brûler à l’automne.

Arrêter les pratiques qui font fuir les coccinelles

Attirer les coccinelles, c’est bien. Mais si certaines pratiques courantes persistent dans votre jardin, tous vos efforts seront vains.

Supprimer les pesticides et insecticides

C’est la condition sine qua non. Les insecticides, qu’ils soient chimiques ou présentés comme naturels, ne font pas la distinction entre nuisibles et auxiliaires. La pyréthrine, souvent vendue comme un produit écologique, est extrêmement toxique pour les coccinelles et les autres insectes bénéfiques. Le spinosad, autre insecticide d’origine naturelle, présente une toxicité importante pour les auxiliaires.

Même les traitements préventifs au soufre ou au cuivre, utilisés en excès, peuvent perturber l’écosystème de votre jardin. L’objectif n’est pas d’avoir un jardin sans aucun nuisible, mais un jardin en équilibre où les populations de nuisibles sont régulées naturellement.

Éviter le jardin trop propre

Le jardin parfaitement entretenu, sans mauvaises herbes, sans feuilles mortes, sans zones d’ombre et de végétation dense, est un désert pour les coccinelles. La biodiversité a besoin de désordre, ou plutôt de ce que les écologues appellent des micro-habitats. Une haie champêtre, une bordure enherbée, un muret de pierres sèches : chaque élément compte.

Le calendrier pour agir au bon moment

Les coccinelles ne sont pas actives toute l’année. Comprendre leur cycle de vie vous permet d’intervenir au bon moment.

PériodeComportement des coccinellesCe que vous pouvez faire
Février – MarsSortie d’hibernation, recherche de nourriturePlanter des fleurs précoces, conserver les orties
Avril – JuinReproduction, ponte, présence des larvesNe pas traiter les plantes, laisser quelques pucerons
Juillet – AoûtActivité maximale, chasse aux puceronsMaintenir la diversité florale, arroser le soir
Septembre – OctobreRecherche d’abris pour l’hiverInstaller ou préparer les refuges, laisser les feuilles mortes
Novembre – JanvierHibernation en groupeNe pas perturber les zones refuges, éviter le brûlage

Faut-il acheter des coccinelles en jardinerie ?

On trouve dans certaines jardineries ou sur internet des boîtes de coccinelles vivantes à relâcher dans le jardin. L’idée est séduisante, mais les résultats sont souvent décevants. Les coccinelles ainsi relâchées ont tendance à s’envoler rapidement si votre jardin ne réunit pas les conditions nécessaires à leur installation. Sans nourriture disponible, sans abris, sans plantes adaptées, elles partent tout simplement.

Par ailleurs, certaines espèces vendues dans le commerce sont des coccinelles asiatiques (Harmonia axyridis), introduites en Europe pour la lutte biologique et qui sont aujourd’hui considérées comme une espèce invasive. Elles concurrencent directement les espèces locales et peuvent même s’en nourrir. Mieux vaut donc créer les conditions favorables pour que les coccinelles locales s’installent naturellement.

Les associations de plantes qui favorisent la présence des coccinelles

Le compagnonnage végétal est une technique ancienne qui consiste à associer des plantes qui se bénéficient mutuellement. Certaines associations sont particulièrement efficaces pour attirer et maintenir les coccinelles.

  • Rosiers + fenouil : le fenouil attire les coccinelles qui régulent ensuite les pucerons des rosiers.
  • Fèves + capucines : les capucines concentrent les pucerons noirs, les fèves servent de culture principale protégée.
  • Tomates + basilic + bourrache : un classique du jardin potager qui favorise une grande diversité d’auxiliaires.
  • Haie champêtre + bandes fleuries : associer une haie composée d’espèces locales (cornouiller, prunellier, sureau) à des bandes de fleurs sauvages en bordure de potager crée un corridor écologique très efficace.

Attirer les coccinelles dans votre jardin n’est pas une science compliquée. C’est avant tout une question de bon sens et de respect des équilibres naturels. Moins vous intervenez de façon agressive sur votre jardin, plus vous lui laissez d’espace pour s’autoréguler, et plus les insectes auxiliaires comme les coccinelles auront envie de s’y installer durablement. Le jardin naturel n’est pas un jardin abandonné : c’est un jardin pensé, où chaque plante, chaque recoin et chaque petit tas de feuilles mortes a sa raison d’être.

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