L’été dernier, beaucoup de jardiniers ont regardé leur sol se craqueler entre deux arrosages, malgré des efforts constants.
Les journées de plus en plus chaudes et les épisodes de sécheresse qui s’allongent mettent à rude épreuve les terres de jardin, qu’elles soient argileuses, sableuses ou limoneuses.
Le problème n’est pas toujours la quantité d’eau apportée, mais bien la capacité du sol à la retenir suffisamment longtemps pour que les plantes en profitent vraiment.
Il existe des méthodes concrètes, certaines anciennes et d’autres plus récentes, qui permettent de limiter l’évaporation et de maintenir une humidité utile dans la terre, même quand le thermomètre dépasse les 30 degrés.
Comprendre pourquoi le sol perd son humidité si vite
Avant de chercher des solutions, il est utile de comprendre ce qui se passe dans la terre quand il fait chaud. L’évapotranspiration est le phénomène principal en cause. Il regroupe deux processus distincts : l’évaporation directe depuis la surface du sol, et la transpiration des plantes qui puisent l’eau dans leurs racines pour la rejeter ensuite par leurs feuilles.
Par temps chaud et ensoleillé, une surface de sol nu peut perdre plusieurs litres d’eau par mètre carré et par jour uniquement par évaporation directe. La chaleur réchauffe les premières couches du sol, l’eau se transforme en vapeur et s’échappe dans l’atmosphère. Plus la surface est exposée au soleil, plus ce phénomène est rapide. Un sol nu sous 35 degrés peut perdre son humidité de surface en quelques heures seulement après un arrosage.
La structure du sol joue un rôle majeur. Un sol sableux, par exemple, laisse l’eau s’infiltrer très rapidement en profondeur, hors de portée des racines superficielles. Un sol argileux, lui, peut former une croûte en surface qui empêche l’eau de pénétrer et favorise le ruissellement. Connaître son type de sol est donc une première étape indispensable.
Le paillage : la technique la plus efficace pour retenir l’eau
Si une seule pratique devait être retenue, ce serait le paillage. Répandu sur la surface du sol autour des plantes, le paillis agit comme un isolant thermique et une barrière physique contre l’évaporation. Des études menées dans différents contextes agricoles ont montré qu’un paillage bien appliqué peut réduire l’évaporation du sol de 50 à 70 %.
Les différents types de paillis et leurs avantages
Il existe plusieurs matériaux utilisables comme paillis, chacun avec ses propres caractéristiques :
- La paille : légère, facile à étaler, elle laisse passer l’eau de pluie et d’arrosage tout en limitant l’évaporation. Elle se décompose progressivement et enrichit le sol en matière organique.
- Les copeaux de bois : plus durables que la paille, ils conviennent particulièrement aux arbustes et aux arbres fruitiers. Ils régulent bien la température du sol et limitent le développement des mauvaises herbes.
- Les feuilles mortes broyées : une ressource gratuite et disponible à l’automne. Broyées, elles forment un paillis fin qui se décompose rapidement et nourrit la vie du sol.
- Le compost : étalé en couche de 5 à 8 cm, il remplit à la fois le rôle de paillis et d’amendement. Il améliore la structure du sol et sa capacité à retenir l’eau sur le long terme.
- Les tontes de gazon séchées : à utiliser en couche fine pour éviter la formation d’une croûte imperméable. Elles se décomposent vite et apportent de l’azote au sol.
L’épaisseur du paillis est importante. Une couche de 5 à 10 centimètres est généralement recommandée pour être efficace. En dessous de 3 cm, l’effet est limité. Il faut veiller à ne pas placer le paillis directement contre les tiges ou les troncs des plantes pour éviter les risques de pourriture.
Améliorer la structure du sol pour qu’il retienne mieux l’eau
Le paillage est une solution de surface, mais le travail en profondeur sur la qualité du sol est tout aussi important pour obtenir des résultats durables.
Apporter de la matière organique régulièrement
La matière organique est la clé d’un sol qui retient bien l’eau. Elle améliore la structure de tous les types de sols : elle rend les sols sableux plus cohésifs et les sols argileux plus perméables. Le compost maison, le fumier composté ou encore le lombricompost sont d’excellents amendements à incorporer chaque année, idéalement à l’automne ou au printemps.
Un sol riche en matière organique développe une structure dite grumeleuse, avec de nombreux petits agrégats qui créent des espaces capables de stocker l’eau. C’est précisément cette structure que l’on cherche à obtenir et à préserver.
Éviter le travail excessif du sol
Le bêchage profond et répété détruit la structure du sol et élimine les galeries créées par les vers de terre et les insectes. Ces galeries sont pourtant essentielles : elles permettent à l’eau de s’infiltrer en profondeur et de remonter par capillarité vers les racines. Les pratiques de jardinage sans labour, ou avec un simple griffage superficiel, préservent cette structure et favorisent la rétention d’eau.
Le rôle des couvre-sols vivants
Laisser le sol nu est une erreur courante. Les plantes couvre-sol comme le trèfle blanc, la phacélie ou la consoude créent un microclimat plus frais au niveau du sol, réduisent l’impact des gouttes de pluie qui peuvent compacter la surface, et limitent l’évaporation directe. Certaines de ces plantes ont des racines profondes qui décompactent le sol et améliorent sa structure.
Repenser les pratiques d’arrosage
La façon dont on arrose a autant d’importance que la quantité d’eau apportée. Arroser en pleine chaleur, en milieu de journée, est l’une des erreurs les plus répandues. Une grande partie de l’eau s’évapore avant même d’atteindre les racines.
Arroser au bon moment
Le matin tôt, avant que la chaleur ne monte, est le meilleur moment pour arroser. L’eau a le temps de s’infiltrer dans le sol avant que l’évaporation ne s’accélère. Le soir, après 18h, est possible, mais l’humidité nocturne peut favoriser le développement de maladies fongiques sur certaines plantes.
Favoriser l’arrosage en profondeur plutôt que fréquent
Des arrosages peu fréquents mais abondants sont préférables à des arrosages quotidiens superficiels. Un arrosage profond pousse les racines à descendre dans le sol, là où la température est plus fraîche et l’humidité mieux conservée. Les plantes deviennent ainsi plus résistantes à la sécheresse.
Un bon test consiste à enfoncer un doigt ou un tuteur dans le sol après l’arrosage : l’eau doit avoir pénétré sur au moins 15 à 20 centimètres de profondeur pour être réellement utile aux racines.
L’irrigation goutte-à-goutte
Le système goutte-à-goutte est particulièrement adapté aux périodes chaudes. Il apporte l’eau directement au pied des plantes, lentement, ce qui limite l’évaporation et le ruissellement. Associé à un paillage, il peut réduire la consommation d’eau de 30 à 50 % par rapport à un arrosage classique au tuyau.
Les techniques plus avancées pour les jardiniers motivés
La création de cuvettes autour des plantes
Créer de petites cuvettes en terre autour des pieds des tomates, courgettes ou arbustes permet de concentrer l’eau au bon endroit et d’éviter le ruissellement. L’eau reste au niveau des racines et pénètre progressivement plutôt que de s’étaler en surface.
Les ollas, une technique ancestrale
Les ollas sont des poteries en terre cuite non vernissée enterrées dans le sol et remplies d’eau. L’eau suinte lentement à travers la paroi poreuse directement dans la zone racinaire. Cette technique, utilisée depuis des millénaires en Asie et en Amérique du Sud, est particulièrement efficace pour maintenir une humidité constante avec très peu de pertes par évaporation.
Récupérer et stocker l’eau de pluie
Installer des récupérateurs d’eau de pluie reliés aux gouttières permet de disposer d’une réserve d’eau douce, non chlorée, idéale pour les plantes. Cette eau est généralement à température ambiante, ce qui est moins stressant pour les plantes que l’eau froide du robinet.
L’ombre et la disposition des plantes au jardin
La conception du jardin elle-même peut contribuer à limiter les pertes en eau. Planter des végétaux plus grands à l’ouest ou au sud-ouest d’un potager crée une ombre partielle en fin d’après-midi, au moment où la chaleur est la plus intense. Cette ombre réduit l’évaporation du sol et protège les plantes les plus fragiles.
Le principe de permaculture qui consiste à associer des plantes de hauteurs différentes reproduit en partie ce fonctionnement. Les grandes plantes protègent les plus petites, le sol reste plus frais et l’humidité mieux préservée.
Certains jardiniers utilisent des voiles d’ombrage temporaires pendant les canicules, posés sur des arceaux au-dessus des cultures les plus sensibles. Ces voiles réduisent la température au niveau du sol de plusieurs degrés et diminuent l’évaporation de manière significative.
Adapter le choix des plantes aux conditions climatiques
Enfin, choisir des plantes adaptées à son climat est une stratégie de fond qui réduit considérablement les besoins en eau. Les plantes dites xérophytes, naturellement adaptées à la sécheresse, comme la lavande, le romarin, le thym, les sedums ou encore certaines variétés d’agastache, demandent très peu d’arrosage une fois bien établies.
Pour les potagers, il existe des variétés de légumes sélectionnées pour leur résistance à la chaleur et à la sécheresse. Certaines variétés anciennes de tomates, de haricots ou de courges, développées dans des régions chaudes, supportent mieux le manque d’eau que les variétés modernes à haut rendement.
Adapter son jardin aux nouvelles réalités climatiques ne signifie pas renoncer à cultiver, mais plutôt apprendre à travailler avec le sol et les conditions naturelles plutôt que contre elles. Les techniques décrites ici, combinées entre elles, permettent de maintenir un sol vivant et humide même lors des étés les plus difficiles.


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